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Les discours lacaniens

Expliquez en quoi les quatre discours écrits par Lacan ne font pas univers, contrairement au discours capitaliste.


Lorsque nous faisons référence à la théorie des discours de Jacques Lacan, il est question de quatre discours. Du Maître, Universitaire, Analytique et Hystérique. De quatre discours donc, plus un, en réalité sans aucun doute à part, comme pour montrer d’emblée qu’il n’a pas sa place auprès des autres. Et en effet, à y regarder de plus près, nous constatons que ce cinquième discours, Capitaliste, propose une structure bien différente. Dans les quatre discours, la circulation est la même : la vérité (inaccessible, refoulée) détermine et influe l’agent. Cet agent s’adresse à un autre dont la relation est pourtant impossible. De cette relation impossible émerge une production, d’un discours donc. Si la circulation est similaire, c’est que la structure des discours ne change pas ; seules les places des éléments structuraux (sujet divisé, S1, S2 et objet a) diffèrent. La barrière de la jouissance fait office d’impossibilité entre le premier et le dernier terme, c’est-à-dire entre le produit du discours et la vérité ; chaque discours propose donc un gouvernement de la jouissance (un cadre à celle-ci) plutôt qu’une élaboration d’une vérité objective.


A contrario, le discours capitaliste s’émancipe d’une quelconque barrière de jouissance et change le sens de la circulation, tournant ainsi en rond, écrivant le signe de l’infini ∞. La vérité est ainsi prétendument accessible, toutes les vérités, car rien n’échappe à ce discours. La vérité subjective, celle singulière de chaque sujet, s’efface, pour laisser la place à la grande Vérité du discours. Ainsi, le discours capitaliste s’affranchi du symptôme qui fait échouer tous les autres discours. En effet, le langage - toujours bancal, incomplet - rate sa tentative de représentation de la vérité cachée, inconsciente des subjectivités singulières. Le manque est donc toujours déjà structurel, causant le désir. Chaque discours produit donc ses symptômes spécifiques, et aucun ne peut faire l’économie du manque dans sa contribution à la constitution du $, du sujet barré. C’est dans ce sens qu’aucun discours ne peut faire univers, car le symptôme est à comprendre comme une résistance du sujet, résistance vis-à-vis d’un outil langagier utilisé pour le représenter mais échouant toujours. Sans symptôme, le discours devient totalitaire, universel. Nous voyons facilement qu’un discours ne peut faire univers, car ce qui est en jeu n’est pas le dire à proprement parlé, mais le gouvernement de la jouissance, c’est-à-dire le sous-texte. La vérité étant cachée, inaccessible, il manque nécessairement une dimension pour faire univers.


En s’affranchissant du symptôme, le discours capitaliste prétend donc, pour sa part, faire univers. Il évacue le ratage que provoque la résistance symptomatique du sujet et remplace les symptômes par la Vérité, avec un grand V. Vérité prétendument objective donc, non affiliée en tout cas avec un savoir insu, mais liée à un savoir extérieur au sujet, un savoir expert. Prenons un exemple avec n’importe quel politicien. Michel Barnier par exemple. Fraichement désigné Premier Ministre, il martèle sur le plateau du journal de TF1 qu’il veut « dire la vérité aux français. » La vérité dont il parle n’apparaît au final non pas comme un grand secret qu’il fait miroiter (nous n’apprendrons rien de nouveau), mais plutôt comme un ressort dialectique visant à remplacer les symptômes des français (colère, revendications, exigences, attentes) par une Vérité objective, sorte d’expertise auto- proclamée dont on retiendra, au choix, les signifiants dette, crise, effort, etc. Signifiants important au fond très peu, tant ce qui compte vraisemblablement ici est l’opération comptable de remplacement. Autrement dit, le discours capitaliste, dans sa structure même, ne rencontre jamais d’impossible, refuse la castration et donc ne butte sur aucun réel. Le manque n’est plus un impondérable autour duquel chaque sujet a à bricoler sa subjectivité au croisement du réel, du symbolique et de l’imaginaire, mais bien un objet dont l’absence est problématique, et que le discours capitaliste se propose de rendre accessible. C’est donc en refusant toute la négativité structurelle avec laquelle le sujet compose - le manque et le symptôme - que le discours capitaliste fait, de son côté, univers.


Pour résumer, les quatre discours lacaniens ne font pas univers parce qu’ils rencontrent une limite intrinsèque liée au manque structurel et au symptôme. En revanche, le discours capitaliste prétend dépasser cette limite en rejetant la négativité propre à la structure du langage.

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