Partie III_ Cryptos, Bitcoin, Blockchain : analyse(s) politique(s)
- TitiOM

- 27 mars 2025
- 12 min de lecture
III_ La crypto, un objet politique
Sur la partie qui suit, nous nous appuierons sur deux ouvrages, celui de Nastasia Hadjadji – No Crypto, Comment Bitcoin a envoûté la planète, et celui de Mark Alizart, Cryptocommunisme.
Nous verrons quels sont les éléments qui permettent d'aborder Bitcoin et plus largement la notion de blockchain et de smart contract en tant qu'objets idéologiques et politiques.
Mark Alizart – Rencontre entre Marx et Bitcoin
Politiquement, Mark Alizart pourrait être décrit comme un penseur de gauche ouvert aux innovations technologiques et aux alternatives économiques, sans pour autant appartenir strictement à un courant politique particulier.
Avec Cryptocommunisme, il organise la rencontre entre Marx et Bitcoin.
Il va reprendre une idée chez Marx, que le communisme pourrait se réaliser bien mieux grâce à une société de la connaissance. On va pouvoir, à un moment donné, se détacher des machines, des lois de la valeur. La société va s'enrichir grâce à la production de connaissance.
Mais Marx voit déjà que la question de la connaissance devient un capital en soit.
Le "general intellect" (dans les Brouillons, Fragment sur les machines ) devient une force productive clé dans le capitalisme avancé, où les machines, alimentées par ces savoirs, automatisent la production. La savoir scientifique/technique tend à devenir, en vertu de son autonomie par rapport à la production, la principale force productive, reléguant dans une position marginale le travail parcellisé et répétitif. Cela diminue le rôle du travail humain dans la création de valeur.
Implication critique : Marx voit dans ce développement une contradiction du capitalisme : plus la production repose sur le "general intellect" (et donc moins sur le travail humain direct), plus la base du capitalisme, fondée sur la valorisation par le travail, est fragilisée. Il y a une contradiction entre la richesse qui s'appuie sur la science, et une unité de mesure de la richesse qui coïncide avec le temps de travail. Pour Marx, cela amène à l'effondrement de la production basée sur la valeur d'échange, donc au communisme.
Dans les années 60, la relecture du "Fragment sur les machines" des "Brouillons" de Marx a servi à rompre avec l'idée de neutralité de la science et du savoir en général. Elle permit de montrer l'impossibilité de dissocier technique et commandement, machines et hiérarchies, etc.
Ce que Marx pensait devenir une révolution sociale radicale, est devenue une composante stable du mode de production existant. Ça a donné lieu à des formes nouvelles et solides de domination. La science, l'information, le savoir en général, la communication linguistique, se présentent comme le « pillier central » qui soutient la production et la richesse, et non plus le temps de travail au sens strict.
Notre société actuelle a évolué dans une forme de capitalisme cognitif où la question de la production de nos conditions matérielles d'existence est périphérique et génère peu de valeur (agriculture, manufacture, travail tertiaire avec les armées de gens qui envoient des emails). La valeur se concentre en grande partie au niveau du capitalisme de plateforme et du traitement de la donnée avec une fracture importante entre qui détient les plateformes et qui les utilisent.
Cette nouvelle forme du capitalisme, qui a maintenant quelques décennies, s'est bâtie elle aussi sur une forme d'accumulation primitive : la capitalisation de la donnée s'est faite sur l'immense travail gratuit fournie par les milliards d'utilisateurs d'Internet, de plateformes, d'applications, accroissant ainsi le capital contenu sous forme de données et d'informations.
Cette société de l'information n'a pas réalisé le fantasme communiste; au contraire elle a créé de nouvelles fractures.
La numérisation de la vie, c'est surtout sa mise au travail. Celle-ci s'accompagne d'une « destruction progressive des mesures de valeur capitaliste » : le travail est permanent et décorélé du salaire, l'expropriation de la plus-value se déroulant désormais hors du contrat de travail.
Face à cette transformation de la domination capitaliste, les héritiers de l'opéraïsme réclament la mise en œuvre de politiques publiques pour contrôler ou redistribuer les richesses informationnelles. Certaines, suggèrent qu'on pourrait nationaliser les réseaux sociaux par exemple, afin que les profits mirifiques générés par le « capitalisme de plateforme » fassent l'objet d'une réappropriation collective et que les données des utilisateurs soient protégées par la loi. D'autres marquent leur préférence pour le « revenu inconditionnel d'existence » ou le « revenu collaboratif » qui doivent permettre à tous de profiter des richesses engendrées par « pollinisation » informationnelle de la société.
Socialisme cybernétisé
Alizart se situe là dedans : Bitcoin, ou plus spécifiquement la blockchain, pourrait être une émanation de cela car il répond techniquement à la possibilité de s'approprier la valeur informationnelle qui est produite.
Dans la mesure où il est d'un côté un rapport social, une infrastructure et, de l'autre, un livre de compte universel et, pas un livre de compte strictement bancaire, un livre de compte numérique programmable, il peut potentiellement servir d'armature à tous les types de contrats, pas seulement les contrats financiers.
Engels : "le communisme c'est le passage du gouvernement des hommes à l'administration des choses." Pour Alizat le smart contract peut absolument incarner cette administration des choses : automatiser et fluidifier le fonctionnement social.
Donc d'un coté, rémunération de production de valeur informationnelle (la photo que tu postes sur le net n'est plus propriété d'Insta, mais devient ton NFT qui sera rémunéré à sa juste valeur), de l'autre côté, sécurité, authentification des titres étatiques pour l'administration des choses.
Il peut garantir la preuve d'existence au même titre qu'un Etat avec ses registres. Des preuves de propriété également. Les certificats de mariage, les votes, etc.
« Sur une blockchaine, nous ne sommes pas des pirates ; tout au contraire, nous sommes des fonctionnaires du réseau, des fonctionnaires de l'universel. Au delà du seul principe monétaire, elle fait de la démocratie elle-même un travail qui mérite une forme de rétribution. »
Pour relancer la participation active au corps social, on rémunère les actes citoyens. Rétribution des actes qui font marcher la machine sociale. Tu gagnes des tokens étatiques en triant tes déchets.
Le navigateur BRAVE qui dispose de son propre token crypto est aussi un balbutiement de cette idée. Le navigateur te rétribue proportionnellement à ton taux d'exposition à des publicités.
" Par voie de conséquence la blockchain a vocation à automatiser l'automation. On peut très bien imaginer à l'avenir que des objets connectés échangeront des jetons de valeur entre eux en toute indépendance. La voiture payera elle-même son stationnement ou son péage. En cas d'impayé ou de contravention, elle sera également auto-bloquée.
Mieux, des machines pourraient s'auto-répliquer sur la blockchain : pourvu qu'elles gagnent de l'argent, elles pourraient le dépenser en commandant des pièces de rechange pour se réparer, ou se dupliquer. Dans ce cas, des humains seraient mis au service de la volonté des machines. Les commanditaires des usines seraient indistinctement des machines ou des hommes, de même que ceux qui y travaillent."
Les machines seront comme une sorte de végétation artificielle, un réseau corallien pensant, animé par ses propres intérêts, avec lesquels nous vivrons de manière symbiotique. »
Il relativise en disant que Bitcoin ne supprime pas les tiers de confiance mais il les rend immanent au protocole.
« On l'a vu cependant, tout l'intérêt de Bitcoin est que la valeur d'un bitcoin est un « rapport social ». Il n'est même que cela. Certes, Bitcoin est décentralisé, anonyme, anarchiste. Mais l'autorité qu'il supprime, l'Etat, il a diffuse dans tout le corps social : il est l'implémentation coercitive du consensus décentralisé à tous les échelons de la société. C'est littéralement la version réussie du « centralisme démocratique » soviétique (où « centralisme » vient dire « consensus » et « démocratique » vient dire « décentralisé ») ou, si l'on préfère, la version accomplie du « rizhome » au cœur du projet de refonte deleuzien de l'économie. Bitcoin supprime moins les tiers de confiance, les autorités bancaires, qu'il ne les rend immanents au protocole, et il le fait de surcroiît a patir des différences réelles entre les gens, ce qui est généralement le prix à payer pour une telle « totalisation » de la société. »
Le protocole tient uniquement parce qu'il est la surveillance de tout le monde par tout le monde. La politique numérique de la Chine offre la vision dystopique de ce que pourrait être le pire d'un communisme informationnel entre les mains d'un Etat autoritaire.
Pour appuyer son fantasme communiste, il s'appuie sur la Réforme protestante qui était décriée par l'Eglise de Rome sous prétexte que se passer de la verticalité du pouvoir des prêtres, de leur contrôle sur la rémission des péchés etc. on aurait affaire à des libertins, libidineux etc. Et en réalité l'histoire leur a donné tort puisque l'horizontalité du rapport à la foi, l'austérité et l’ascèse qu'elle implique, a finalement produit les conditions non seulement d'une paix sociale, d'une autonomie citoyenne et former un terreau idéal au développement du capitalisme. Il utilise ce parallèle historique pour contrecarrer l'idée que Bitcoin libérerait toutes les pulsions et actes illégitimes tels que le blanchiment d'argent, la soustraction à l'impôt, la destruction des banques, etc. Il croit fermement que l'utilisation du protocole Bitcoin pourrait aboutir à une forme d'auto-réguliation citoyenne, réalisant enfin un socialisme cybernétisé.
Nastasia Hadjadji – No Crypto, Comment Bitcoin a envoûté la planète
Un objet politique
Avec le Bitcoin, il y a une critique de la finance centralisée, de l'intervention de l'Etat et des Banques Centrales. Il y a un affect anti-élite et une volonté de créer des protocoles par et pour ses utilisateurs. En revanche, d'aucune manière Bitcoin est une critique en acte de l'économie et de la logique de la valeur.
A rebours de l'idée fallacieuse selon laquelle les technologies seraient neutres, le livre de Nastasia Hadjadj défend l'idée que Bitcoin et les cryptos ne sont qu'un prétexte pour parler de pouvoir et d'idéologie. Car les cryptos sont des objets politiques avant d'être des objets techniques.
La lecture politique des crypto-actifs est ancrée dans la Théorie critique d'Internet (Critical Internet Theory), une discipline des sciences sociales qui met en lumière les structures de pouvoir qui s'expriment à travers le code et les technologies, en insistant sur la place de l'idéologie sur la diffusion de ces objets.
Imaginer que la crypto pourra transformer nos systèmes économiques est une idée qui fait l'impasse sur les rapports de pouvoir qui s'expriment au travers des infrastructures technologiques.
Les technologies ne sont pas neutres. Elles véhiculent des visions du monde situées sur le plan politique et font s'entrechoquer des matrices idéologiques qui façonnent en retour les usages sociaux des technologies. On retrouve chez Heidegger l'idée que la technique n'est pas simplement une collection d'outils ou de machines, mais une manière particulière de dévoiler le monde.
The « CODE IS LAW ». Sous couvert de neutralité, il y a bien un rapport au monde et des représentations du monde qui sont véhiculés par le code.
Bien souvent, la politique ne se concentre pas sur la bataille des idées, mais sur des questions d’ingénierie politique. On construit des machines et ce sont ces mêmes machines qui modifient les choix que font les gens. Ce n'est pas jamais l'idée qui gagne avant tout, c'est le succès de certaines politiques avec leurs applications techniques qui conduisent à la victoire des idées.
Cheval de Troie libertarien
Mais quelle idéologie parle-t-on concernant les cryptos ? Nous l'avons vu, le Bitcoin puise ses racines dans la philosophie politique libertarienne et la doctrine économique de l'école autrichienne dont les libertariens sont les descendants revendiqués.
Leur constat sur les dysfonctionnements du monde est drastique ; leur détestation des institutions monétaires farouche. Mais pour ces penseurs conservateurs, le collectif n'offre point de salut. Seule la mise en compétition consentie entre individus permettra de pacifier la société.
Les cryptos s'inscrivent dans l'essor de la nouvelle pensée de droite radicale qui prospère depuis la crise de 2008, La technologie blockchain s'ancre au sein d'une société fondée sur la défiance généralisée. C'est une vision commune à l'extrême droite américaine. Selon les libertariens, l'abandon de l'étalon-or est un complot ourdi par l'élite dominante pour spolier les masses de leurs richesses.
Le recours à des procédés cryptographiques et algorithmiques est alors une réponse légitime pour pallier le manque de confiance entre les individus.
Il y a une hétérogénéité dans le grand tout Libertarien/post fasciste/néoréactionnaire (contenu idéologique fluctuant, instable, souvent contradictoire) mais il y a bien des lignes communes qui les traversent :
ils désirent une forme de capitalisme radicalement antiétatique (anarchiste) mais ultra conservateur sur les moeurs.
Ils utilisent un langage et un style populistes, gamme tactique plus antisystème provocatrice grâce à leur capacité à moduler leur propagande par le biais de nouvelles technologies de communication. Recours au trolling comme forme de guérilla culturelle et aux mêmes comme instrument politique.
mouvement antimoderne aux allures de culte, les libertariens estiment que la liberté est quelque chose de distinct de la démocratie et que le changement ne peut plus être obtenu par la voie politique.
L'Utopie néo-réactionnaire souhaite faire de l'Etat une entreprise. Les nations seraient démantelées et transformées en entreprises concurrentes dirigées par des PDG compétents. Une espèce de féodalisme entrepreunarial, avec une concurrence entre cité-Etats pour attirer des citoyens-consommateurs/citoyens-clients. Système qui garantirait la paix mondiale : le paradis socialiste est ainsi remplacé par la terre promise de l'harmonie naturelle garantie par les incitations économiques. Ils y croient aussi en terme de stabilité sociale En un mot : la néo-réaction est un sécessionnisme technologique articulant autoritarisme de droite et transhumanisme. Avec comme exemple de taille Peter Thiel avec ses cité Etats, ses villes plateformes de hautes mer etc.
On peut expliquer l'expansion de l'industrie des cryptos et la diffusion de l'idéologie qui en est le support comme le symptôme d'un mouvement de radicalisation à l’œuvre chez les élites technophiles de la Silicon Valley.
Il y a une forme d'autonomie de la Silicon Valley par rapport à l'Etat, et il pourrait le concurrencer sur son propre terrain, politique, philanthropique, etc.
L'idéologie californienne a participé au mouvement de très forte concentration du pouvoir aux mains de quelques entreprises privées nées du boom technologique des années 2000.
Les objectifs politiques de Big Tech sont alignés sur ceux de l'industrie des énergies fossiles : attaquer systématiquement le gouvernement et les politiques publiques pour affaiblir sa capacité à taxer ses profits obscènes et limiter le contre-pouvoir des citoyens. Dans le domaine des énergies fossiles, le terme de dématérialisation est une opération sémantique pour occulter ce qu'implique en terme d'extraction le maintien d'une vie digitalisée.
Il y a ce projet politique explicite qui vise à remplacer l'Etat par du code en confiant les rênes des décisions collectives à des entreprises technologiques privées, de manière à consacrer la fin du Léviathan parasite que représente l'Etat.
Balaji Srinivasa (haut placé chez Coinbase) a écrit un livre dans lequel il rêve d'un monde dans lequel les institutions collectives sont remplacées par des réseaux d'ordinateurs qui se charge d'orchestrer les lois du monde réel. Dans ce logiciel idéologique, les fonctions régaliennes, l'équilibre des pouvoirs et la délibération sont assurés par des programmes informatiques présentés comme infalsifiables et infaillibles. Un modèle de Saas qui calque la gestion d'un Etat sur le fonctionnement d'une start-up.
On passerait de la tyrannie des gouvernements à la tyrannies des entreprises privées.
Et là, on a trois chemins potentiels selon Sam Hammond, économiste à la Foundation for American Innovation, membre d'un think tank libertarien : la surveillance d'Etat (qui imposerait son contrôle), l'ordre social techno-féodal, ou une co-évolution néolibérale : un Etat fort avec des pouvoirs circonscrits. Le gouvernement se réduirait aux compétences de base, aux domaines clés, à la défense nationale, peut être à l'assurance sociale, maladie etc. Mais dans beaucoup d'autres domaines, de nombreuses autres parties de l'Etat administratif seront externalisées par l'IA et le secteur privé : possibilités réalistes de cohabitations et alliances.
L'alliance Musk/Trump est représentative de cette transformation.
Pour revenir sur la question crypto : nous ne somme pas dans le fantasme communisme/horizontalité. Il y a une conception individualiste de la liberté opposée à toute forme d'organisation collective (parce que ça rime avec contrôle de tous par tous, et supervision). La notion de décentralisation apparaît comme un totem.
La crypto-industrie contribue aujourd'hui à relégitimer des idées et valeurs venues de l'extrême droite, tout en leur assurant une diffusion nouvelle grâce à un vernis technologique radical et « cool ». L'alt-right assume sa affiliation à la crypto, et prétendait même qu'elle pourrait être le « catalyseur d'une révolte populiste mondiale ».
Nastasia Hadjadji affirme que Bitcoin et les cryptos incarnent un cheval de Troie pour des idées politiques et économiques réactionnaires.
Fanatisme
La ferveur des idéologues de Bitcoin repose sur une armature théorique solide. Nouveau totem pour cristalliser les croyances. La foi dans les cryptos est le carburant de ce marché spéculatif : système de croyance non théiste.
Nous sommes dans un contexte historique où la foi dans les mécanismes économiques a remplacé les grandes religions monothéistes, la technologie sert désormais de relais à de nouvelles formes de cultes. Il y a des humains qui forment des cultes, comme Musk ou Trump, Satoshi Nakamoto. Mais il y a un besoin de transcendance qui est transféré à des objets technologiques censés libérer l'humanité par le truchement de ligne de code supposément neutres.
Il y a un entrelacement entre culte de la personnalité et foi dans les technologies.
A ce néo-colonialisme territorial et économique s'ajoute une dernière dimension, de nature idéologique. La rhétorique de l'aide humanitaire (philanthropie) permet souvent de légitimer la domination idéologique de la Silicon Valley, en implantant l'idée que les nouvelles technologies sont des solutions robustes pour des problématiques sociales et économiques complexes (techno-solutionnisme). C'est du marketing qui vise à occulter les conséquences concrètes de cette extrême tecnhnologie en matière de surveillance technologique, de pressions politiques et globalement d'impact négatif sur les populations.
Désastre subjectif
La crypto et ses mythes d'enrichissement rapide apparaît comme une solution face au déclassement anticipé par de nombreux néo investisseurs. La crypto incarne une promesse qui sert à maintenir les néo-investisseurs dans l'illusion collective que la financiarisation accrue du monde peut permettre de subvertir les rapports de domination plus efficacement qu'une remise en question du capitalisme financiarisé par sa base.
« La colère qui ne manquera pas de naître des scandales et des pertes financières importantes qui en découlent pour la majorité des petits investisseurs ne se transformera donc probablement pas en un agir politique « de gauche », tourné vers la remise en question des hiérarchies sociales et politiques. Ce ressentiment né de la désillusion ne sera pas anticapitaliste, il risque au contraire d'ancrer un nihilisme financier déjà présent au sein des communautés d'amateurs des crypto-actifs. »
Sortir de l'opposition binaire technophile/technophobe nous a permis d'aller mettre le nez dans l'une des dimensions de ce que nous appelons l'extrême technologie, à savoir la question des cryptomonnaies. Se limiter à sa critique morale (l'argent c'est mal) ne nous aurait pas permis de saisir les subtilités idéologiques qui apparaissent toujours, de prime abord, comme aménagement techniques. Il faut cerner la crypto et sa blockchain comme ennemi technique et donc politique en tant qu'il peut réaliser un socialisme cybernétisée (étatique) ou une tyrannie technologique (néolibertarienne).


